Grand Raid Occitan – 6666 – Saute Mouflon

A SAUTE MOUFLON

Pour la 5e édition de l’évènement qu’il organise sur ses terrains d’entrainement, dont le cœur se trouve sur la Massif du Caroux, Antoine Guillon avait décidé, en plus de renouveler en grande partie les tracés du Grand Raid Occitan et de la 6666 Occitane, de créer un format plus abordable avec la nouvelle Saute Mouflon, annoncée à 43 kilomètres pour 2500 mètres de dénivelé positif. (la suite sous la galerie photos)

Entre Vailhan, point de départ des ultras et Roquebrun, arrivée de tous les formats, ce sont plusieurs villages héraultais qui vont vivre ce long weekend de l’Ascension au rythme des épreuves. Ainsi Roquebrun d’abord, qui accueille dès jeudi les coureurs pour la remise des dossards et la conférence de presse au cours de laquelle Antoine va présenter les têtes d’affiche des différentes courses.

Sur le Grand Raid Occitan, Renaud Rouanet, originaire de la région, est évidemment favori après sa victoire en 2013, lui qui a aussi gagné la 6666 en 2010 et 2011 en relais à 2 puis à 3, et qui a fini second de cette même 6666 en 2012. Sébastien Gérard, vainqueur de l’Ultra Tour du Beaufortain 2013, apparait tout de même comme un challenger sérieux.

Sur la 6666 Occitane, Didier Mussard, invité par Antoine qui a bataillé avec lui au cours de l’un de ses Grand Raid de la Réunion, est un favori logique au même titre qu’Erik Clavery, qui, bien que de retour de blessure, souhaite grâce à cette épreuve poursuivre sa préparation pour son grand objectif de l’année : l’UTMB.

Car Antoine l’a voulu ainsi depuis le début. Si ces courses valent le détour uniquement pour le dur challenge qu’elles proposent aux coureurs, la place qu’elles occupent dans le calendrier en fait des épreuves idéales pour préparer les classiques « 100 miles » de l’été (UTMB, GRP) mais aussi, grâce à leur technicité exceptionnelle, un tremplin pour la Diagonale réunionnaise.

Grand Raid Occitan

Partis à 8h de Vailhan le vendredi matin, les concurrents du Grand Raid Occitan commencent leur progression, sous une météo estivale, d’abord au travers de reliefs peu marqués qui les mènent à Faugères, lieu du premier ravitaillement au 19e kilomètre. Ensuite vont s’enchaîner les difficultés sur un parcours en dents de scie, sans quasiment de répit jusqu’à son terme à Roquebrun, après 165 kilomètres et presque 10000 mètres de dénivelé.

Dans la montée des Gorges de Colombières, vers 14h, Renaud Rouanet semble serein et déterminé, même s’il ne possède alors que 2 minutes d’avance sur ses poursuivants Jérôme LUCAS et Damien Douvry. Chez les dames, Janick DELVA, largement en tête chemine à travers les gros blocs le sourire aux lèvres.

Le ciel s’obscurcit rapidement vers 16h, et tandis que les concurrents continuent leur périple vers le versant nord du massif, je rentre pour ma part sur Lamalou-les-Bains, d’où sera donné le samedi matin à 10h le départ de la Saute Mouflons à laquelle je participe.

6666

Je n’assisterai donc pas au départ de la 6666 donné à 21h à Vailhan. Un horaire qui peut paraître curieux, car les premiers feront ainsi la grande majorité de leur course de nuit, avec une arrivée prévue vers 11h le lendemain. Évidemment, ceux qui jouent la gagne sur ce genre de course ne sont pas là pour admirer le paysage mais je trouve tout de même dommage de traverser par exemple les Gorges de Colombières en ignorant totalement la beauté de ces lieux. Et c’est au coeur de la nuit, que va se jouer la course, puisque Erik Clavery, en tête depuis le début va abandonner au point de contrôle de Colombières, au 50e kilomètre. Son tendon d’achille le faisant encore souffrir, il n’a pas souhaité compromettre la suite de sa saison. La victoire semble alors promise, soit à Alexandre Mayer, soit à Didier Mussard qui le suit à moins d’une minute. Derrière c’est Véronique Chastel qui occupe la 4e place, à une cinquantaine de minutes des nouveaux leaders.

Mayer conservera la tête jusqu’à Mons au km67 puis laissera filer Mussard avant d’abandonner à Olargues, après avoir rétrogradé à la 11e position. C’est finalement le Réunionnais qui l’emportera, malgré une erreur de parcours qui l’a fait emprunter un moment la trace du GRO. L’organisation a alors fait le choix de le remettre sur le bon parcours en le véhiculant en 4×4. Une décision assumée par Antoine Guillon : « J’aurais dû placer un bénévole sur cette intersection. Je ne mets pas hors course un coureur pour une erreur de parcours, je le reconduis sur le droit chemin, et il y en a eu plusieurs dans la nuit, de tous niveaux. Pour Didier, c’est très simple, il s’est pénalisé lui-même d’une heure, en empruntant qui plus est un parcours plus costaud. La suite est éloquente, le coureur Réunionnais aura accentué encore son avance. Je repense parfois à l’incompréhension générale des trailers quand Marco Gazzola a été disqualifié du Tor des Géants sur une erreur de parcours et je ne veux pas revivre cela ».

Sur le Grand Raid Occitan, derrière un Renaud Rouanet impressionnant, vainqueur en 24h15, c’est Jérôme LUCAS le second qui s’égare d’abord sur le parcours de la Saute Mouflons puis hors circuit. Avec l’accord de l’organisation, c’est cette fois-ci son assistance personnelle qui le ramène sur le parcours. Il finira en 27h57, après avoir parcouru une quinzaine de kilomètres supplémentaires.

Sylvain Ratia, qui connait le Caroux comme sa poche, renouvelle sa performance de l’an passé et complète le podium. Chez les femmes Janick Delva en termine en à peine plus de 30 heures, très sereine.

Ma Saute Mouflon

Après avoir suivi de plus ou moins près les ultras, il est temps pour moi d’aller sur le terrain en inaugurant cette nouvelle Saute Mouflons. Le départ donné à 10h devant le Casino de Lamalou-les-Bains se fait dans la bonne humeur, même si l’horaire un peu tardif nous fait craindre un rapide montée en température, dès le tour de ville accompli, lorsqu’on commence à s’élever en direction du Massif du Caroux.

Mais cette première partie, souvent ombragée et découpée en plusieurs paliers, permet de courir souvent entre deux montées. C’est ainsi qu’après avoir traversé le petit hameau de Madale, nous avons pris pied sur le plateau avant de plonger sur Lafage, lieu du premier ravitaillement. Erik Clavery est là en famille et en spectateur, et je m’arrête deux minutes pour prendre de ses nouvelles. Il est midi, je commence à avoir faim et je m’imagine déjà faire un petit festin, ayant encore en tête l’image du ravito de Faugères sur le Grand Raid Occitan, très bien fourni en sucré mais aussi en salé.

Malheureusement pour moi, il n’y a ici que des cacahuètes et je me contente donc de faire le plein de mes bidons (mea culpa, le « menu » de chaque ravitaillement était détaillé sur le site de la course mais je ne l’avais pas consulté auparavant). Il fait déjà chaud pour attaquer la fin de la montée vers le point haut du parcours à 1050m d’altitude. Après une courte traversée du plateau qui permet de dérouler tranquillement, c’est la terrible descente de l’Esquino d’Aze, que je connais pour l’avoir pratiquée lors du Trail du Caroux en juillet dernier. Ici rien n’est simple et la pente est tellement forte et le terrain technique qu’il n’est pas question de dévaler. Juste marcher, mettre un pas devant l’autre, en essayant de ne pas tomber. A peine cette épreuve finit elle qu’il faut enchaîner sur une montée tout aussi terrible, sur ce versant sud sur lequel le soleil tape très fort en ce début d’après-midi. La bascule qui suit nous offre un petit moment de bonheur à hauteur d’une belle cascade. L’occasion pour moi de me rafraîchir copieusement avant de poursuivre jusqu’au point d’eau de Saint Martin.

De là, de nouveau une grosse montée jusqu’au Col de Bartouyre. On se soutient mutuellement entre coureurs, au gré des pauses et des coups de moins bien de chacun. Un rocher un peu plat, l’ombre d’un arbuste et l’on s’offre cinq minutes de répit, avant de repartir lentement. On fait la jonction avec le Sentier des Gardes, dont je dévale les lacets presque gaiement, convaincu à ce moment-là que le plus dur de la journée est passé, et qu’il ne reste qu’une fois passé Mons et son ravito, qu’à dérouler sur les derniers quinze kilomètres annoncés par Antoine comme « courables » . C’est une fois de plus ne pas être à l’écoute des signaux envoyés par mon organisme. J’ai depuis le point d’eau du 21ekm, abandonné ma boisson énergétique, étant dégouté du sucré, pour ne boire que de l’eau, et je me suis de plus peu alimenté depuis le départ.

Quand je rentre dans la salle à Mons, je ne vois que des coureurs assis, les visages défaits, certains soutenus par des proches. On se croirait au sortir d’un champ de bataille. Je me jette sur un verre de Coca qui passe très mal, mais malgré tout je remplace l’eau de mes bidons par un mélange ¼ coca, ¾ eau dans une improvisation complète. Les assiettes sur les tables sont vides pour beaucoup,  et de toute façon, rien ne me fait envie à part un Tuc avec lequel je m’étouffe presque, tant ma bouche est déjà sèche. Je repars sans tarder pour ce qui va être un calvaire. Après une partie très roulante, il faut gravir une cote loin d’être anodine après 30 km déjà parcourus et quand arrive enfin des pistes forestières sur lesquelles il ferait bon dérouler sa foulée, je suis vidé et continue en marchant. La dernière montée en plein soleil à travers les vignes sera mon chemin de croix, et après m’être forcé à ingérer un gel, je suis pris de nausées et doit faire un stop pour me vider.

Jusqu’à l’arrivée à Roquebrun, j’aurai croisé la route de quelques concurrents du GRO et de la 6666, qui m’auront inspiré un profond respect tant leur tâche parait ardue à la vue de l’  « échantillon » de 45 km parcouru.

Pour ma part, en état de profonde déshydratation au terme de cette Saute Mouflons, je n’ose envisager prendre un jour le départ d’un de ces ultras occitans, qui représentent chacun un défi extrême dans leur catégorie de distance.

En cela, je pense qu’ils correspondent exactement à ce qu’a voulu en faire Antoine Guillon, à la fois un exercice d’entrainement très costaud pour affronter par exemple ensuite le Grand Raid de la Réunion, mais aussi une fin en soi sur ces parcours si exigeants de par la rudesse du terrain.

Avec un balisage amélioré afin d’éviter d’avoir à aller chercher en pleine nuit en voiture les concurrents au cœur du massif, ces épreuves occitanes mériteraient de connaitre un plus grand succès, même si elles ne sont pas, de par leur nature,  destinées au plus grand nombre. Mais un trailer averti en vaut deux, non ?

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